Elle sculpte de ses longues mains une glaise grise, grasse et luisante. Elle qui petite ne supportait pas la viscosité du savon, la voilà qui poigne à pleines mains dans cette argile douce à l’odeur de terre. De ses doigts graciles naissent des personnages qu’elle aime sans aucun doute et auxquels elle donne vie.  Ses bustes sont fidèles, ses créations imaginaires empreintes d’émotion et de générosité comme un prolongement d’elle-même que sa pudeur et sa retenue lui interdisent de dévoiler.

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Une petite langue pointue qui virevolte au gré des phrases, qui s’alanguit quand l’émotion lui crispe un peu les muscles et tire sa révérence quand sa propriétaire rit d’un bon mot.
Deux lacs gelés que quelques rides sont venues réchauffer et que le fil du temps a rendu malicieux.
Une voix de feux de bois qui réchauffe et réconforte mais qui craque un peu quand les brûlures de la vie viennent lui lécher la gorge.
Une auréole de miel qui donne l’impression que l’enfance ne l’a pas encore quittée.

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Femme rwandaise.
Je suis le génocide des miens, le reflet de l’horreur, la somme des douleurs du monde. Je suis tous les peuples sacrifiés. Je suis la mémoire de l’histoire. Je suis le solde de la cruauté des hommes.

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Je suis vieillesse, tristesse, abandon.  Je suis l’émotion de l’instant, le chagrin de ton absence, le deuil de ton départ. Je suis la gardienne de ton souvenir, les racines de ta vie.  Je suis les fleurs de ta tombe.

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Novembre 2011