Huit troncs.                                                                                                                                        Non pas un ou deux comme la plupart des arbres. Mais huit.
Huit vies indépendantes mais solidaires.
De ces  huit troncs, il n’en reste déjà plus que sept. C’est le plus ambitieux de tous qui est tombé. Celui qui s’élevait le plus haut, celui qui avait la tête déjà presque dans les étoiles.
L’orage ne fait pas de sentiment, il foudroie le premier qu’il rencontre, le plus audacieux, le plus téméraire.

Un deuil difficile pour un arbre si soudé. Un demi-siècle que ses racines s’emmêlent et s’entremêlent dans le charivari glougloutant des ébats joyeux de la rivière.
Mais les sept ont fait front. Ils ont resserré leurs liens familiaux, ils ont choisi de se battre. S’ils ne peuvent s’évader vers le haut, tant pis, ils enjamberont la rivière.    Rien ne les arrêtera. Ni cet infranchissable cours d’eau, ni ces immondes grillages tendus d’épines dont on les a ceinturés.  Pour leur bien, il parait. Pour qu’ils ne tombent pas…

Mais qui parle de tomber! Les troncs sont plus forts que jamais. Si la menace de la foudre les empêche de poursuivre leur conquête spatiale, elle ne pourra jamais les contraindre à renoncer à leur conquête territoriale.
Prendre appui sur les autres arbres. S’insinuer entre leurs branches, croiser le fer et sortir vainqueur. Jeter leurs ramures au plus loin pour atteindre l’autre rive et y semer, loin des chaines et des grilles, les petits fruits verts qui germeront,  dans le pré d’en face, sous le regard bienveillant d’un vieux saule un peu triste.

Septembre 2011