Un parc en automne. Il pleut. J’entends les gouttes qui tambourinent  sur les arbres roux d’automne.

Les feuilles tombent par milliers dans ce havre de paix, en bordure du fleuve couleur de cendres qui coule un peu plus vite que d’habitude. Je hume l’odeur de terre et d’humus qui flotte dans l’air et stagne au dessus de l’eau.

Je sens le froid qui s’insinue dans tous les pores de ma peau.

Je regarde cet homme entre deux âges qui court sous le crachin. Petit bonhomme chétif qui se dépêche, courbé vers l’avant, la barbichette pointant bien droite devant lui.

Il porte au bras gauche une petite mallette  anthracite ainsi qu’un parapluie de la même couleur.

Malgré le grand imperméable qui le protège en partie du mauvais temps, sa tête ruissèle comme un torrent de montagne et sa barbe ressemble à une gouttière d’où perle  un filet d’eau.

Il est tout gris, de la tête aux pieds.

Vision étrange. Pourquoi ai-je l’impression que cet homme qui court n’ira jamais nulle part ?

Et pourquoi semble-t-il si triste ?

Peut-être parce que, rivé sur son piédestal et figé dans le bronze depuis plus d’un siècle, il ne peut pas ouvrir son parapluie.

Ou est-ce parce qu’il a compris qu’il n’ira plus jamais nulle part ?…

 

Octobre 2010