Entries by maryse

Rencontre avec un arbre

Huit troncs.                                                                                                                                        Non pas un ou deux comme la plupart des arbres. Mais huit.
Huit vies indépendantes mais solidaires.
De ces  huit troncs, il n’en reste déjà plus que sept. C’est le plus ambitieux de tous qui est tombé. Celui qui s’élevait le plus haut, celui qui avait la tête déjà presque dans les étoiles.
L’orage ne fait pas de sentiment, il foudroie le premier qu’il rencontre, le plus audacieux, le plus téméraire.

Un deuil difficile pour un arbre si soudé. Un demi-siècle que ses racines s’emmêlent et s’entremêlent dans le charivari glougloutant des ébats joyeux de la rivière.
Mais les sept ont fait front. Ils ont resserré leurs liens familiaux, ils ont choisi de se battre. S’ils ne peuvent s’évader vers le haut, tant pis, ils enjamberont la rivière.    Rien ne les arrêtera. Ni cet infranchissable cours d’eau, ni ces immondes grillages tendus d’épines dont on les a ceinturés.  Pour leur bien, il parait. Pour qu’ils ne tombent pas…

Mais qui parle de tomber! Les troncs sont plus forts que jamais. Si la menace de la foudre les empêche de poursuivre leur conquête spatiale, elle ne pourra jamais les contraindre à renoncer à leur conquête territoriale.
Prendre appui sur les autres arbres. S’insinuer entre leurs branches, croiser le fer et sortir vainqueur. Jeter leurs ramures au plus loin pour atteindre l’autre rive et y semer, loin des chaines et des grilles, les petits fruits verts qui germeront,  dans le pré d’en face, sous le regard bienveillant d’un vieux saule un peu triste.

Septembre 2011

L’homme au parapluie

Un parc en automne. Il pleut. J’entends les gouttes qui tambourinent  sur les arbres roux d’automne.

Les feuilles tombent par milliers dans ce havre de paix, en bordure du fleuve couleur de cendres qui coule un peu plus vite que d’habitude. Je hume l’odeur de terre et d’humus qui flotte dans l’air et stagne au dessus de l’eau.

Je sens le froid qui s’insinue dans tous les pores de ma peau.

Je regarde cet homme entre deux âges qui court sous le crachin. Petit bonhomme chétif qui se dépêche, courbé vers l’avant, la barbichette pointant bien droite devant lui.

Il porte au bras gauche une petite mallette  anthracite ainsi qu’un parapluie de la même couleur.

Malgré le grand imperméable qui le protège en partie du mauvais temps, sa tête ruissèle comme un torrent de montagne et sa barbe ressemble à une gouttière d’où perle  un filet d’eau.

Il est tout gris, de la tête aux pieds.

Vision étrange. Pourquoi ai-je l’impression que cet homme qui court n’ira jamais nulle part ?

Et pourquoi semble-t-il si triste ?

Peut-être parce que, rivé sur son piédestal et figé dans le bronze depuis plus d’un siècle, il ne peut pas ouvrir son parapluie.

Ou est-ce parce qu’il a compris qu’il n’ira plus jamais nulle part ?…

 

Octobre 2010