Entries by maryse

La maison des sots

J’ai commencé à travailler à l’atelier il y a sept ans. C’était juste pour dépanner, pour ne pas aller au chômage quand je suis sorti de l’unif. Après ma licence en sciences-éco, je m’étais donné un an pour trouver un vrai boulot. Et puis je suis devenu plus indulgent, je m’en suis donné deux, puis trois et puis j’ai plus compté.Je ne gagne pas des fortunes, mais ça me permet de vivre. Avec deux potes, on s’est pris un appart sympa à Montigny-le-Tilleul. Un grand loft, trois chambres, spacieux, lumineux, et tout le confort à crédit!  C’est pas un travail d’intello mais au moins je ne me prends pas la tête et j’ai toutes mes  soirées et mes week-ends libres pour faire ce que j’aime le mieux : jouer au poker, au volley, surfer sur le net et draguer les filles. Sans me vanter, je suis plutôt beau gosse. En tous cas, j’ai du succès. Vingt-neuf ans, un mètre quatre-vingt tout en muscles, une tignasse ébouriffée de chercheur fou, un beau sourire dont j’use et j’abuse,  je le reconnais, et un côté « je ne me prends pas au sérieux » qui, s’il séduit facilement les filles, ne les incite quand même pas à s’attarder trop longtemps dans mon lit. Ça m’arrange…

Finalement, je me marre plutôt bien au boulot, enfin pas tous les jours, ça dépend de l’humeur ambiante… Oh pas de celle de mes gars, je m’y suis habitué depuis longtemps mais de celle du patron, l’espèce de con qui occupe le premier bureau du couloir. C’est le clou de notre cercueil. Dans le débarras qui nous sert de salle de réunion et de réfectoire, il a fait installer des casiers sur lesquels il a inscrit nos noms et prénoms. C’est son seul moyen de communication. Il ne sait pas nous parler en face, les e-mails, il ne connait pas, alors il dépose ses billets doux dans nos boites à courrier ou quand il désire humilier quelqu’un publiquement, il affiche aux valves ses remarques profondes du moment.

Le deuxième jour après mon arrivée, j’ai remarqué sur le morceau de liège fixé au mur, un p’tit mot assez déroutant. « Hier soir, j’ai trouvé un trognon de pomme dans une corbeille à papier. Les fourmis, mais hélas rien qu’elles, sont contentes ! » Pas de signature. Preuve évidente de manque de couilles au cul.  Sur le moment, je n’ai pas compris. Il a fallu qu’un collègue m’explique que, le soir après la fermeture, le Con passait son temps à fouiller nos poubelles et que nos gars ne pouvaient pas rentrer dans le hangar avec de la nourriture, même si c’était juste un trognon de pomme qu’ils jetaient en rentrant après la pause.  Occupant la première partie de l’atelier, tous les travailleurs passent par mon local. C’était donc probablement dans une de mes corbeilles qu’il avait trouvé l’objet du délit. Petite tape sur les doigts pour bien commencer notre collaboration.

Sur mon bac, il est inscrit Christophe Kérou mais les collègues m’appellent Chris et les gars de mon équipe Kéké. Pour eux, c’est plus facile à retenir et ça sonne bien. Le Con, lui, il m’appelle MMMonsieur Kérou. Avec trois M pour bien marquer la distance qui nous sépare. On dit toujours que chez les fous, plus on monte dans les étages, plus ils sont malades et que le dirlo occupe toujours le dernier étage.
C’est pareil à l’atelier, sauf qu’on reste à l’horizontale. Et nos gars ne sont pas fous, juste très limités.

Notre zone de travail est un grand  hangar peint en vert pelouse, tout en panneaux lattés et en poutrelles métalliques. Vert à l’extérieur, gris souris effrayée à l’intérieur. Glauque, sinistre mais pas salissant ! Le bâtiment est bruyant comme un camion poubelle, l’atmosphère, celle d’une fête foraine un jour de pluie. Ça crie, ça se plaint, ça court dans tous les sens.   Étouffant l’été, glacé l’hiver malgré le chauffage. On n’a pas de clim, ça coûte trop cher et le Con est radin comme une vieille none hollandaise qui a connu la guerre.

L’atelier comporte quatre salles et on y fait de la sous-traitance. La pièce la plus éloignée de l’entrée, la salle numéro quatre, est celle dans laquelle on s’occupe des expéditions. Timbrage, mise en caisses ou emballage sous film rétractable.  C’est là que travaillent les gars les plus autonomes. Y a intérêt parce que la timbreuse, ça douille vite quand ils font des conneries et les machines, elles sont bien capables de couper un doigt de temps en temps.

Dans la salle précédente, les ouvriers font des découpages, des collages, des étiquetages. Faut déjà les surveiller un peu plus. Surtout quand on leur confie des pistolets à colle et des cutters.

Dans la salle numéro deux, y a pas de cutters. Trop dangereux. Ils n’ont droit qu’à des ciseaux et encore, uniquement avec des bouts ronds. Dans cette pièce là, le plus souvent, on fait des encartages. Un grand mot pour insérer une pub entre les pages d’un livre ou d’une revue. N‘importe quelles pages. Ils ne savent ni lire ni écrire.

La salle une, c’est la mienne. Enfin, celle de mes gars. Généralement, je les appelle « mes sots ». Y faut pas le prendre mal, c’est pas au sens littéral du mot. C’est gentil comme un compliment, c’est doux comme un yaourt entier, tendre comme un fruit trop mûr. Je les aime bien. Vraiment. Ils sont tout ce qu’on a perdu. Plus attachant qu’un témoin de Jéhovah, plus affectueux qu’un bouledogue qui a pas eu à bouffer depuis deux jours, et plus désintéressé que le curé après la quête du dimanche.  Mais parfois, ils font aussi de terribles crises de colère. Ils n’y peuvent rien. C’est leur cerveau défectueux qui fait des étincelles. Comme si une fine pluie s’infiltrait et faisait des court-jus dans leur caboche à trous. Y a comme des courants d’air violents qui mélangent leurs idées.  Ils n’ont pas d’interdits, non plus. Les inhibitions n’arrivent pas jusqu’à leur cervelle. Elles se perdent dans des conventions qu’ils ne comprennent pas. Ça réserve parfois des surprises…

Dans la salle une, on fait dans le médical. On met des couvercles sur des pots destinés à des prélèvements biologiques. Toutes sortes de pots. On monte des écouvillons, aussi. Ça, c’est le plus difficile. Mettre le bout en bois du bâtonnet ouaté dans le petit trou du bouchon, glisser  le coton-tige dans le tube, fermer le bouchon, coller une étiquette sur l’ensemble. Généralement, mes gars sont de bonne volonté mais il faut quand même que je m’assure qu’ils ne laissent rien de suspect dans les pots, les tubes ou sur les cotons, comme un résultat de branlette, un crachat, des crottes de nez ou des croûtes jaunes de curetages d’oreilles.

Dès la première visite de l’atelier, tout le monde a compris. Plus on est proche de l’entrée du hangar, plus les gars sont atteints. Dans le couloir, devant l’entrée principale, juste avant la salle une, c’est là que je voulais en venir, se trouve le bureau du Con.

 

***

 

Au courrier ce matin, une avalanche de demande d’emplois. Comme le précisait l’annonce passée par le Forem, les candidatures devaient être envoyées par la poste et comporter un CV avec une photo et une lettre manuscrite de motivation. Un peu archaïque comme moyen de communication, mais certains candidats avaient réussi à trouver quelques timbres dans un fond de tiroir. Une trentaine d’enveloppes attendent que le Con prenne la peine de les ouvrir. Le remplacement de notre ancien collègue est le sujet du briefing d’aujourd’hui.

C’est vrai que depuis que Philippe a claqué la porte un soir de ras-le-bol, l’atelier est de plus en plus difficile à gérer. On n’est plus que trois pour faire tourner les quatre équipes. Au début, on a cru qu’il reviendrait après avoir soufflé quelques jours, mais son dernier coup de gueule n’était pas un coup de bluff et lorsque sa démission est arrivée par recommandé, on a bien dû se rendre à l’évidence que son absence devenait définitive. Dommage, c’était un chouette gars, Philippe, un marrant qui avait  toujours une bonne blague à raconter. Ces derniers temps, il essayait sans doute de nous faire rire pour éviter de se mettre à pleurer. Il était au bout du rouleau et on a tous fait semblant de ne pas s’en apercevoir. Des problèmes perso dont il parlait peu doublés d’un harcèlement professionnel constant.

Faut dire que nos deux autres collègues ne sont pas des flèches ! Un hypocrite à la solde du patron qui court sans arrêt derrière lui pour lui lécher les pompes et un doux rêveur qui, tous les jours, attend la quille comme un chat attend une souris. Pas de quoi entamer de longues discussions philosophiques pendant la pause café. Avec Philippe, tous les midis, on allait courir une heure. Ça nous aérait les neurones et ça nous évitait surtout de supporter les conneries débitées par l’enfoiré responsable de la salle 4. Il se voit déjà comme l’élu qui succédera au patron à la tête de l’entreprise. Faut dire que s’il n’en a pas encore la fonction, personne ne lui conteste son statut de con !

Cet après-midi, lors d’une intrusion intempestive, le dirlo s’est pointé dans mon local pour  une tournée d’inspection. Normal. Ça lui arrive de temps en temps. Il déboule comme s’il avait le feu aux fesses, la tête un mètre devant les pieds pour faire, au pas de charge, un tour de  l’atelier. Malheureusement, la fulgurance de ses entrées n’entame en rien son œil de lynx et il détecte la moindre faille à 360 degrés. A croire qu’il a plutôt des yeux de mouche!

On a eu chaud, car c’était quand même un peu le boxon quand il est entré. On venait de recevoir des colis de marchandise. Il ne s’est pas arrêté, comme il le fait généralement, les poings sur les hanches et le regard torve pour hurler sur un de mes gars qui ne serait pas vissé à son poste de travail ! Il filait probablement voir Jean-Luc, le Con en second.

Quelques minutes plus tard, Fred m’apporte deux feuilles de papier A4, pliées en 3. Fred, c’est un de mes sots. Il est autiste et ne parle pas. Pas du tout. Il pousse des cris de contentement ou de colère selon son humeur. On reconnaît très vite la différence. Quand il est content, ses grognements s’accompagnent de battements de bras. Il s’entrechoque les poignets,  les uns contre les autres, comme on applaudit. Sauf qu’il ne se sert pas de ses mains. Quand il est perturbé, il cogne ses poignets contre la table, et frappe de plus en plus fort. Si je n’interviens pas très vite, il s’éclate la peau et les veines. Et quand, malgré tous mes efforts pour le calmer, il reste dans cet état de fureur, il se jette la tête la première sur une poutrelle métallique et s’ouvre le front en deux pour se punir d’on ne sait quoi. La seule chose qu’il fait à peu près comme tous les mecs, c’est se réjouir quand il voit une femme qui porte des bas noirs.

Je déplie les feuillets qu’il me tend et trouve un CV ainsi qu’une lettre manuscrite. L’écriture est régulière, assez grande. Les boucles sont déliées, les traits bien appuyés. Elle doit avoir du caractère, la demoiselle !

Je passe au CV et à la photo pour découvrir une jolie brune au visage fin, mangé par de longs cheveux et dont les grands yeux, noisettes grillées, donnent envie de se mettre à table tout de suite.

 

***

 

Virginie Ledoux a 22 ans.  Elle est instit mais seulement une semaine sur quatre. Elle ne fait que des intérims et, entre les remplacements, pour boucler ses fins de mois, elle enchaîne les p’tits boulots au Nautilus, un café situé dans le centre de Charleroi.  Elle sert au bar, nettoie après la fermeture et pleure, enfermée dans les toilettes, quand elle croise son ex au bras d’une autre. Comme c’est un habitué des lieux et qu’il accumule les conquêtes, elle pleure souvent. Trop souvent. Elle en a marre de cette vie de merde. De côtoyer sans cesse les mêmes zonards. De nettoyer leur crasse quand ils dégueulent partout. Elle a envie d’une vie, d’une vraie. Dans une maison, avec un mec, un gosse et un chien dans le jardin. Pour le môme, elle ne sait pas encore mais pour le clebs, elle a déjà trouvé un nom. Elle l’appellera Youppie. Comme ça, elle criera Youppie tous les matins quand elle devra se lever plus tôt pour aller le promener. Ça compensera le désagrément et ça la mettra de bonne humeur pour commencer ses journées!

Virginie adore les enfants. Tous les enfants. Même ceux qui font chier tout le monde, elle arrive à les amadouer. Mais elle ne peut pas continuer les remplacements. Elle a besoin d’un boulot stable si elle veut quitter le logement de ses parents qu’elle squatte depuis un an. Elle ne supporte plus le papier peint de la salle à manger. Il lui ressemble trop. Fleurs fanées  avant d’être vieilles, délavées par le soleil auquel elle a brulé les ailes de sa jeunesse. Elle a donc présenté sa candidature pour un poste d’éducateur dans un atelier protégé. Elle ne sait pas trop en quoi consiste la fonction mais l’annonce disait qu’ils cherchaient un éducateur. Entre instit et éduc, il ne doit pas y avoir une grande différence, alors, elle a tenté le coup. Elle n’a jamais travaillé avec des handicapés mais elle a envie de se rendre utile. Elle s’est toujours battue pour des causes perdues, des cas désespérés, comme si elle avait besoin de se dépenser pour les autres pour avoir le droit de jouir de ses chances. Cela lui a souvent joué des tours. Elle s’exalte vite, s’emballe à la première occasion et retombe comme un soufflé au fromage au premier coup de froid !  Si elle décroche ce job, elle va essayer d’être plus posée que d’habitude. Elle va réorganiser sa vie, se trouver un studio avec vue sur le parc ou sur la Sambre. Elle aime bien regarder la rivière. Ça lui rappelle son enfance, ça apaise ses angoisses. Elle va  aussi s’inscrire à un cours de théâtre ou de chant, elle en rêve depuis longtemps.

Et puis le soir, elle n’ira plus traîner en ville. Il est temps d’arrêter de pleurer.

 

***

 

Le Con est repassé en trombe, toujours aussi concentré sur le mètre carré de béton qui précède ses chaussures. Je l’interpelle pour lui remettre le courrier perdu et avec un pincement au cœur, je sens s’éloigner la saveur des noisettes grillées. Il grommelle un son vague qui doit ressembler à un merci dans un langage un peu moins évolué que le nôtre. Faut pas s’attendre à une manifestation de reconnaissance. C’est pas le genre de la maison.

Pourtant, à part avec lui, l’entraide à l’atelier, c’est une habitude. Aussi bien chez les éducateurs que chez les ouvriers. Le plus souvent, en dehors des caractériels qui déclenchent des bagarres, ils sont gentils et se donnent des coups de mains pour palier leurs infirmités. C’est une population hétéroclite. Ils ont entre dix-huit et soixante-cinq ans, ont un handicap léger, modéré ou sévère mais sont tous capables de remplir des tâches répétitives, si on prend le temps de leur expliquer ce qu’on attend d’eux. Et ce sont souvent les plus limités qui mettent le plus de bonne volonté à aider leurs collègues.

Comme dans n’importe quelle entreprise, il se noue des amitiés, des couples, durables ou occasionnels. C’est un microcosme particulier où les gens vivent, à leur rythme, la vie qu’ils ont tirée au sort.

***

 

Une odeur de miel et de vanille. Un parfum que je ne connais pas. Des talons qui claquent sur le béton comme les talonnettes d’une danseuse de flamenco. Je suis dos à la porte d’entrée.  Un bonjour cristallin explose en feu d’artifice dans la pièce. A la voix, l’image d’un visage se forme dans ma tête. Celui d’une jeune femme aperçue sur un CV.

Fred  accourt en se cognant les poignets et en poussant des gémissements. A voir son sourire, je devine le galbe des jambes et le style des chaussures.

Je marmonne un bonjour sans lever le nez de ma table de travail. Six candidats sont déjà passés ce matin sans que je ne lève un sourcil. Ça ne sert à rien de s’emballer, si on avait le malheur de montrer un brin de sympathie pour l’un d’entre eux, il perdrait illico toute chance d’être embauché.

J’ai beau crever d’envie de voir si le minois de la demoiselle est celui qui contient mes noisettes grillées, je ne moufte pas. Mais je ne rêve pas, non plus. Le Con lui fait visiter la boutique pour qu’on ne le taxe pas de discrimination mais elle n’a aucune chance d’être engagée. Il est aussi misogyne que je suis coureur de jupons. C’est pas peu dire !

Et puis, physiquement, le travail est pénible. Souvent debout à manipuler des charges lourdes sans parler des coups de poings qui se perdent, des sanguins qu’il faut calmer et des crises d’épilepsie à gérer. Pas vraiment un boulot pour une grenouille.

Par curiosité, sans avoir l’air d’y toucher, je me déplace pour faire face au couloir par lequel elle doit forcément passer pour ressortir.

Mon Fred ne s’est pas trompé.  C’est un vrai baromètre de la mode,  une fashion victime à sa façon. La nana porte un joli tailleur noir, jupe cintrée, pas trop courte, juste ce qu’il faut pour reluquer ses genoux. Un chemisier crème adoucit un peu l’ensemble sombre. On devine un p’tit cul bien moulé perché au dessus de jambes qui n’en finissent plus. La veste stricte ne suffit pas à masquer une devanture intéressante. Je vois sous ces vêtements ajustés, un corps félin qu’elle n’essaye pas de masquer. Mais sa démarche est moins souple qu’elle ne devrait, elle n’est pas habituée aux talons aiguilles. Elle trottine derrière le boss en essayant de suivre sa cadence  comme elle court derrière l’image d’elle-même qu’elle n’arrive pas à rattraper. Elle s’est habillée pour séduire mais elle semble mal à l’aise dans ce costume de circonstance. Un déguisement d’embauche peu adapté à notre hangar poussiéreux. La féminité et le charme qu’elle dégage sont en opposition avec son côté sérieux, femme d’affaire.  Elle s’est trompée d’endroit, de public. Elle me jette un regard un peu anxieux dans lequel je lis de la détresse. Je lui souris en espérant qu’elle sente la promesse d’un réconfort chaleureux.

Elle est partie depuis plusieurs minutes mais le souvenir de sa longue chevelure brune, chargée de miel et de vanille, s’attarde dans son sillage.

Mes gars sont en ébullition. C’est la pagaille dans l’atelier. La testostérone emplit l’air de façon palpable. La température est montée de quelques degrés dans la pièce depuis le passage éclair de la demoiselle. Mon équipe est en grande partie masculine, les commentaires vont bon train. Les gars se secouent l’entre-jambe et les trois filles, habituées aux grossièretés des garçons, se contentent de rire de ces mots qu’elles ne comprennent pas vraiment.

***

La semaine se passe tranquillement, dans une torpeur un peu lourde entrecoupée d’éclats de voix occasionnels. Je traîne les pieds entre attente et impatience, espoir et résignation. Malgré un détour chez Paris-XL ce week-end, je n’ai pas réussi à retrouver le parfum qui a flotté quelques jours dans mes locaux. Mes gars ont la mémoire courte et il n’y a que moi pour me souvenir de la fragrance miel vanille qui stagne dans les récepteurs de mes narines.

 

Le Con est de mauvaise humeur ce matin. Les candidats qui s’étaient présentés pour le poste vacant se sont enfuis après la visite des lieux. C’est vrai qu’au premier abord, c’est pas un boulot folichon. Au deuxième rabord non plus, d’ailleurs! L’ambiance est tendue et ça se sent, ça pue comme une omelette aux œufs pourris. Il se tortille les mains et se dandine sur sa chaise, pareil à un marmot qui se serait roulé dans un nid de fourmis rouges. Il est embêté car la seule candidature qui soit encore d’actualité est celle d’une femme ! Je déglutis péniblement et je remercie les fourmis qui ont quitté son siège pour s’installer dans mon estomac. Le boss n’est pas pour, bien entendu ! Mais que faire d’autre ? Cela fait trois mois qu’on cherche quelqu’un. On ne peut pas continuer en effectif réduit. Légalement, on n’est plus dans les normes de sécurité.  Elle commence demain, premier jour du mois, et c’est Jean-Luc qui va la coacher. Je la plaindrais de tout mon cœur si je n’étais pas déjà occupé à penser à autre chose de beaucoup moins avouable. J’entends des cloches qui sonnent et ma température fait du yo-yo.

 

L’entreprise possède un deuxième bâtiment construit en dur. Il est situé un peu plus bas dans la rue, à deux cents mètres. Un petit coin de paradis comparé à notre hangar vétuste. Un havre de paix pour deux raisons : le Con n’y met presque jamais les pieds et les ouvriers ont un handicap beaucoup plus léger que ceux qui travaillent dans le bâtiment principal. Un autre élément qui ne gâche rien, les deux moniteurs qui s’occupent de faire tourner la boutique, Marc et Michel, sont super sympa. Deux pinces sans rire toujours prêts à s’éclater et à se défouler un bon coup.

Dans chaque équipe, un ou deux travailleurs un peu plus éveillés que les autres savent lire une date sur un calendrier. Mot d’ordre de la réunion matinale de ce premier avril : attention, journée à haut risque ! Non seulement, une nouvelle éducatrice va prendre son poste mais en plus, on s’attend à des avalanches de poissons, plus stupides les uns que les autres… Nos sots risquent de nous en faire voir de toutes les couleurs, ne se rendant pas compte que leurs bêtises peuvent coûter cher. On doit donc être vigilant, d’autant que, pour le moment, les  commandes ne suivent pas et tous les gars de la salle quatre se tournent les pouces depuis deux semaines. Par manque de travail, la chaîne d’emballage sous film rétractable est à l’arrêt. Les fours sont éteints. C’est mauvais pour le moral et ça augmente considérablement le risque de dérapage « poissonnier ». Michel quitte la réunion avec Marc et me glisse à l’oreille : «  t’inquiète, on va se marrer… »

 

Virginie se présente à huit heures devant le directeur des ressources humaines. Un bien long titre pour un p’tit freluquet qui essaye toujours de faire croire qu’il est débordé alors qu’il fait des réussites sur son ordi pendant une grande partie de la journée.

Je lorgne vers son bureau situé de l’autre côté du réfectoire des ouvriers. Peine perdue, la dame est jolie, la conversation va durer longtemps. Avec lui, la longueur de l’entretien est toujours proportionnelle au charme dégagé.

Ne voulant pas montrer mon intérêt pour la donzelle, je m’enferme dans ma bulle et j’attends patiemment qu’elle arrive en surveillant mes gars du coin de l’œil. Elle finit par se monter, accompagnée par le Con qui la conduit dans l’ancienne salle de Philippe. Je comprends qu’on fera les présentations plus tard.

Vers neuf heures quinze, Jean-Luc, le Con en second, déboule dans mon local en s’agitant dans tous les sens. Branle-bas de combat ! Une commande inespérée d’un nouveau client.  Les chocolateries Bruyères viennent d’appeler. Ils ont une livraison de pralines qui doit impérativement partir demain pour les USA et tous les ballotins doivent être emballés et chargés sur des palettes pour être envoyés à l’aéroport. Je ne relève pas. Je continue de surveiller mes gars, faisant semblant de ne pas m’apercevoir que j’ai le dos couvert de poissons en papier. Mes sots sont contents. Ils rient de bon cœur.  Jean-Luc passe et repasse, toujours d’aussi mauvaise humeur. Je vois qu’il s’énerve. Il finit par s’arrêter.

–         Les chocolats sont toujours pas arrivés !

–         J’ suppose qu’ils vont pas tarder.

–         Ça m’emmerde ! Ça fait une heure quart que les fours fonctionnent…, faut qu’y s’ grouillent, on doit emballer les deux milles ballotins en individuel pour ce soir !

Sur le coup, embrumé dans mes fantasmes, je ne suis pas certain d’avoir tout compris. Il compte passer ses chocolats au four ? Il est maboul ou quoi ? Dans quel état ils vont retrouver leurs pralines, les amerloques ?

Et puis, le franc tombe. Les enfoirés…ils ont osé. Je plonge sur le téléphone et appelle Michel.

–         C’est toi qui as manigancé ça ?

–         A ton avis ? Comment il réagit ?

–         Il marche à fond ! Ça fait plus d’une plombe que les fours tournent à plein régime.

–         Il n’a rien dit ?

–         Il râle que la marchandise n’arrive pas !

–         Ah, le con. J’imaginais pas qu’il marcherait.

–         Comment t’as fait ton coup ? Il a pas reconnu ta voix ?

–         C’est un pote qui a appelé.

–         Plus c’est gros, mieux ça passe ! Et pour la suite t’as prévu quoi ?

–         Je vais sonner à mon copain, on va faire durer le plaisir…

Pause-café, on se retrouve à quatre dans notre placard. L’espace est trop étroit pour l’air ambiant. Aussi bien dans le local que dans ma cage thoracique. J’ai le palpitant qui bat la chamade. On fait les  présentations. On échange des sourires, des banalités de bienvenue. Le doux rêveur sort fumer une clope et j’en profite pour évaluer la situation.

–         T’as des nouvelles de tes pralines ?

–         Mwouais. Ils ont livré à l’ouverture d’une boulangerie et le camion est rentré en retard. Il devrait arriver dans une demi-heure.

Je ne sais toujours pas comment j’ai pu garder mon sérieux. De retour dans mon local, je rappelle  Michel.

–         Il a tout gobé !

–         Punaise. Si on décide d’organiser un dîner de con, faudra pas chercher, on a déjà la perle !

–         Compte pas sur moi ! On voit bien que tu ne te le coltines pas tous les jours.

–         Et la nouvelle, elle est comment ?

–         Plutôt pas mal. Sympa. Elle a l’air de se débrouiller.

Midi et demi. La sonnerie de la pause déjeuner retentit dans une ambiance de Sahara, même si ça sent plus le caoutchouc fondu que le sable chaud. La zone est désertique. Les chocolats sont toujours aux abonnés absents. Jean-Luc prévoit une équipe qui restera ce soir après la fermeture. Il est inquiet, ça va coûter beaucoup plus cher que prévu. Non seulement, les fours consomment un max mais en plus, on va devoir payer les gars en heures sup. Il ronchonne qu’il n’aurait jamais dû accepter ce travail en urgence.

Moi, j’ai la tête ailleurs. Virginie est encore plus canon que je ne pensais. Elle est plus cool aussi. La matinée s’est bien passée, elle semble se faire accepter assez rapidement. Il n’y a que des filles dans l’équipe numéro deux. Ça doit faciliter un peu les choses.

On mange un sandwich dans notre placard quand Jean-Luc vient s’écrouler sur une chaise, la mine à l’envers.

–         Leur élévateur est tombé en panne. Ils ont dû mettre les boites à la main dans le camion. Moi qui avais promis à mon gamin d’aller au cinoche ce soir…

Il est pas vrai ce mec. J’ai pitié de lui. Il est stupide mais pas vraiment méchant. Je commence doucement à m’inquiéter. Le boss va être furibard quand il va se rendre compte qu’on s’est foutu de leur gueule !

On sonne à la porte d’entrée. Il n’y a pas de réceptionniste. D’habitude c’est le boss qui va ouvrir. Son bureau est juste en face du hall et de la petite pièce qui sert de salle d’attente. On insiste, signe que le Con n’est pas dans son bureau. Je jette un œil par la fenêtre et le vois debout dans le container à papier. Je lève le cul de ma chaise pour aller voir qui carillonne comme un perdu. Un  jeune homme bien habillé, costardé et cravaté, attaché-case en main, demande à voir le responsable achat. « Pas de problème, Monsieur, le patron est sur le parking ». Je ferme la porte et retourne m’asseoir en face des noisettes grillées. Re coup de sonnette.

– Excusez-moi de vous déranger encore une fois, mais je n’ai trouvé personne sur le parking.

– Vous voyez, là, le gars qui saute à pieds joints dans la benne à ordures, c’est le patron ! Il tasse les cartons pour faire des économies.

Le gars bredouille un merci et s’enfuit vers sa voiture en évitant soigneusement de lever les yeux sur le bonhomme transpirant qui vocifère dans le container. Encore un commercial qui n’aura pas atteint son chiffre aujourd’hui.

 

Vers quatorze heures, le quai de déchargement est toujours aussi vide qu’un bac de bière après une guinze. Jean-Luc fulmine. Il a une tête de 3 pieds de long.

–         Le chauffeur a crevé un pneu. Merde ! Je vais devoir annuler le ciné.

–         C’est sûr que deux mille boites, ça va pas se faire en trois heures !

–         On va mettre une équipe de nuit. Qu’y s’ magnent, bordel, ça fait cinq heures que les fours chauffent !

Là, je me dis que ça commence à sentir le roussi. Je ne sais pas comment on va se tirer de ce guêpier. Les retombées vont être vachement désagréables. Les gars se sont activés une partie de la journée pour préparer les caisses en carton qui serviront à contenir les ballotins emmaillotés dans leur plastique fondu. Les palettes sont prêtes. Ils n’attendent plus que les chocolats. Il fait une chaleur à tomber mort dans l’atelier numéro quatre. Ça flaire la transpiration et l’haleine de tabac froid. Les gars prennent l’air en fumant sur le quai de déchargement. Chaque fois qu’un bahut se pointe dans le zoning, ils sont tous sur le pied de guerre. Et chaque fois, ils soupirent, déçus, en voyant le camion s’éloigner. Ils retournent s’asseoir sur la plate-forme en béton en allumant une autre clope.

 

Devant le café de quinze heures je me tâte pour savoir si j’embraye sur une demande en mariage ou si je mets trois sucres dans ma tasse. Qu’est-ce qui m’arrive? Je devrais trouver la blague hilarante et ne penser qu’à rire des déboires de mon collègue. Et pourtant, toute la journée, je n’ai pensé qu’au cocktail noisette, miel, vanille. Mon estomac  s’est transformé en pelote d’épingles. Mes mains sont aussi moites que les vitres de l’aéroport de Hanoï en pleine mousson. Un sourire et je fonds comme une livre de beurre au soleil. J’ai l’impression de tourner chèvre. Je ne me reconnais plus. Je me fais peur.

J’ai fait en sorte, depuis la fac, de garder à distance toutes les filles que j’ai rencontrées. J’étais toujours d’accord pour qu’on s’envoie en l’air mais dès que l’une d’entre elles s’accrochait trop longtemps, je m’enfuyais à toutes jambes. Au lieu de ça, aujourd’hui, me voilà qui roucoule comme un pigeon qui n’a plus envie de voyager.

Je lui proposerais bien de passer un peu de temps ensemble, en dehors du boulot,  pour faire connaissance. Je glisserais un p’tit mot marrant dans son bac à courrier du genre : « Invitation à déguster une balade à vélo vitaminée sur fond de ciel bleu, ce samedi à quinze heures ». Ça changerait des messages hargneux qu’on trouve d’habitude dans nos bacs.  C’est peut-être un peu tôt et elle risque de trouver ça ringard mais elle aura peut-être assez d’humour pour dire oui. Qu’est-ce que je risque? On annonce du beau temps pour le week-end.

 

Seize heure trente, l’atelier ferme dans un quart d’heure. Les gars qui ont accepté de faire des heures sup se réunissent dans le réfectoire et attendent les instructions. Les autres s’en vont.  Jean-Luc est fou de rage. Il n’a plus de nouvelles depuis l’appel de quinze heures. Il ne sait toujours pas où est le camion. Il a essayé de contacter le responsable sur le numéro de GSM qu’il utilisait depuis le matin mais la communication n’aboutit pas.

Marc et Michel nous ont rejoints pour le briefing du soir. Le temps de travail des ouvriers est terminé, tous les moniteurs sont regroupés dans le bureau principal, à côté de celui du Con. Les portes et les ouïes sont grandes ouvertes. Virginie nous observe en silence. Elle me jette un regard interrogateur. Elle se rend compte qu’il se passe quelque chose d’inhabituel. Comme Jean-Luc adore se montrer odieux en public et qu’il compte pousser une petite gueulante pour montrer qu’il est Calife à la place du Calife,  il branche le haut-parleur pour que tout le monde puisse profiter de son esclandre.

 

–         S’ ils ne répondent pas, on ferme l’atelier. Tant pis pour leur commande !

–         Tutttttt…Bonsoir, vous êtes en communication avec la poissonnerie Bruyères. En ce premier avril béni, nos bureaux seront fermés à partir de seize heures trente. Nous vous remercions de votre compréhension et vous souhaitons une agréable soirée. Tutttttt…

 

***

 

La plaisanterie est restée coincée dans la gorge des deux cons. Le premier parce que la boite a perdu de l’argent, le second parce qu’il s’est fait humilier en public. Jean-Luc rase les murs en râlant. Il se doute que ça vient des deux compères du bâtiment B mais il n’a rien pour le prouver. Ce n’était ni leur voix ni leur numéro de portable.

Après un savon sur l’irresponsabilité de ceux qui ne respectent rien, ni les hommes, ni l’entreprise, le Con nous a avertis qu’on finirait par tirer l’affaire au clair.

On a tous compris que ce n’était qu’un baroud d’honneur et que, avec le temps, l’affaire se tasserait d’elle-même. Le sourire aux lèvres, je retourne vaquer à mes occupations en repliant le bout de papier que je viens de trouver dans mon casier. Je suis heureux. Je me dis que je manque d’entrainement. Dimanche, j’aurai sans doute un peu mal aux jambes.

 

***

 

Je regarde en bas et je contemple un homme. Il sera bientôt à mes côtés. Il le sait. Il connait l’échéance. Le masque à oxygène le maintient éveillé malgré la douleur. Ses souvenirs défilent sous ses paupières closes. Il ne sait pas encore que je le remercie pour la vie qu’il a passé à aider ceux que j’avais oubliés. Ses sots. Tant de douceur dans ces deux mots. Après quarante ans passés à leurs côtés, il ne reste que la tendresse. Oubliés les bagarres, les frustrations et les regrets. Depuis qu’il est à la retraite, il a pris le temps de soulever la douce couverture de protection qu’il avait déposée sur sa vie professionnelle. Parce qu’on ne sort pas indemne de ce genre de boulot. Il a mis sécher ses désillusions sur le fil de ses vieux jours. Pour ventiler ses idées, pour prendre un nouveau départ. Il ne garde en mémoire que les bons moments. L’affection de ses gars, l’amitié de ses potes, l’amour de ses proches. Malgré la souffrance, il ne souhaite pas abréger ses derniers instants. Sa main gauche repose au chaud, dans la douceur de celles de Virginie. Elle est restée à ses côtés malgré les embuches, les vacheries de l’existence. Elle a su, dès le premier jour, que c’était lui qu’elle attendait.   Quand elle l’a rencontré,  il n’était pas prêt à sauter dans un lit conjugal. Elle a pris patience. Elle lui a laissé le temps de faire la paix avec ses démones. Un coup de foudre mutuel ne garantit pas un parcours sans accroc.                                                                                                             Avec les années, la sagesse les a rejoints, déposant un voile opaque sur ces souvenirs douloureusement enfouis.

Après le diagnostic, je lui ai accordé plusieurs mois pour analyser son parcours. Je suis heureux de l’avoir fait. Il est sans complaisance envers lui-même. Je suis plus compréhensif. Il a commis des erreurs, comme tous les autres avant lui, mais il a appris de ses échecs. Il a donné un sens à sa vie. Puisé au fond de son âme la générosité  et le respect de la différence qui a fait de lui un Homme. C’est ça que je lui dirai, dans quelques minutes, quand il poussera ma porte.

Le tracé du cardiogramme décline. Christophe inspire une dernière fois. Profondément. Pour emporter dans son dernier voyage la senteur des noisettes grillées, du miel et de la vanille.

Mars 2012

Vie en couleurs, cauchemars en noirs et blanc

Une feuille plate comme une main tendue, une tige raide comme une promesse de plaisir, un éclair de fleurs blanches pour croire encore à la virginité. Un chardon hérissé pour rappeler que le bonheur ne vient jamais seul. S’y ajoutent les verts, les jaunes et les oranges qui s’affolent en bouquet de mariée dans cette lumière printanière.
Le soleil inonde la nef et les magnolias ceinturés de plomb sont traversés par l’éblouissante clarté de la journée. Au pied de l’autel, vêtue de blanc au bras de son père, elle laisse glisser derrière son voile, une larme d’émotion.
Elle a tant pleuré dans cette église. Elle a attendu toute la guerre en priant pour que son homme revienne entier. Et puis, au fil des mois, en priant pour qu’il revienne tout court.

Quatre ans de cauchemars sordides.
Usine bombardée, désaffectée. Poupée de porcelaine, balancée au gré d’un courant d’air glacial sur une balançoire aux cordes sans fin. Ecrasée  sous le poids de la culpabilité de se sentir vivante et du carcan de l’attente peut-être inutile.
Camion bondé de réfugiés fuyant le feu du ciel, enlisé dans le sable de l’exode et de la déroute.
Mur de fenêtres closes ou à peine entrouvertes, ne donnant sur la vie qu’un regard noir de honte et de regrets.                                                                                                                                       Souvenirs d’occupation.

Il est rentré. Broyé et mutilé dans sa conscience d’homme.
Le monde s’est emballé sans lui. Les saisons se sont enchainées dans le déferlement du progrès. Mais rien n’a fait reculer l’hiver. Ni le développement de l’automobile, ni la conquête spatiale, ni la promesse de plages exotiques.

Sur le divan rouge sang du salon, la vieillesse les a rejoints, chacun de leur côté, déposant des lunettes noires sur leurs souvenirs douloureusement enfouis.

Septembre 2011