Une poutre en bois rectangulaire. Droite, fière.  Deux mètres cinquante de long, dix centimètres de large et quinze de haut. La poutre est perchée à un mètre vingt du sol, portée par deux grands pieds qui s’évasent pour lui assurer une parfaite assise. Recouverte d’une fine pellicule de tissu synthétique, elle ressemble à de la peau.
Beige, chaude, rugueuse comme une main qui a beaucoup travaillé. Son accroche est réelle. Elle m’aide à tenir debout. A garder  l’équilibre.

Je la sens vivante sous mes pieds. Et pourtant, à cet instant, elle ne bouge pas. Elle m’ attend.

Elle attend que je me concentre, que je libère l’énergie du saut périlleux que je m’apprête à faire. Elle amortira l’énergie cinétique de la chute par sa faible élasticité et m’aidera à maitriser la réception.

Mes orteils se cramponnent sur les bords renflés de ses flancs. Je ne vois et ne sens  plus qu’elle. Une profonde inspiration, une déflagration de puissance dans les jambes et voilà qu’elle accueille à nouveau mes pieds.

Le temps que je redresse  la tête, la poutre a retrouvé, imperceptiblement, sa rigueur de l’attente.

  Octobre 2011