MES HUMEURS

Le collectionneur de papillons

Il ne voyage pas, il a peur des piqures. Il a peur des serpents, des scorpions et des vaccins nécessaires.
Il préfère les aiguilles de sa boite en plastique qu’il réserve à ses planches d’exposition.
Il ne connait ni la chaleur humide des forêts tropicales ni l’inconfort des camps de base infestés de moustiques.
Il ne quitte l’air conditionné de son laboratoire que pour retrouver celui confiné de son appartement. Ses rêves sont les aventures des autres. Sa jungle équatoriale, celle qui pousse sur son balcon où il ne s’aventure que le dimanche pour l’arrosage hebdomadaire.
Il sait que ses collègues le traitent de trouillard. Il s’en accommode. Il s’accommode de tout tant qu’il peut continuer à immortaliser sous verre, la beauté éphémère de la vie.

 

Septembre 2011

Rencontre avec un arbre

Huit troncs.                                                                                                                                        Non pas un ou deux comme la plupart des arbres. Mais huit.
Huit vies indépendantes mais solidaires.
De ces  huit troncs, il n’en reste déjà plus que sept. C’est le plus ambitieux de tous qui est tombé. Celui qui s’élevait le plus haut, celui qui avait la tête déjà presque dans les étoiles.
L’orage ne fait pas de sentiment, il foudroie le premier qu’il rencontre, le plus audacieux, le plus téméraire.

Un deuil difficile pour un arbre si soudé. Un demi-siècle que ses racines s’emmêlent et s’entremêlent dans le charivari glougloutant des ébats joyeux de la rivière.
Mais les sept ont fait front. Ils ont resserré leurs liens familiaux, ils ont choisi de se battre. S’ils ne peuvent s’évader vers le haut, tant pis, ils enjamberont la rivière.    Rien ne les arrêtera. Ni cet infranchissable cours d’eau, ni ces immondes grillages tendus d’épines dont on les a ceinturés.  Pour leur bien, il parait. Pour qu’ils ne tombent pas…

Mais qui parle de tomber! Les troncs sont plus forts que jamais. Si la menace de la foudre les empêche de poursuivre leur conquête spatiale, elle ne pourra jamais les contraindre à renoncer à leur conquête territoriale.
Prendre appui sur les autres arbres. S’insinuer entre leurs branches, croiser le fer et sortir vainqueur. Jeter leurs ramures au plus loin pour atteindre l’autre rive et y semer, loin des chaines et des grilles, les petits fruits verts qui germeront,  dans le pré d’en face, sous le regard bienveillant d’un vieux saule un peu triste.

Septembre 2011