MES HUMEURS

L’homme au parapluie

Un parc en automne. Il pleut. J’entends les gouttes qui tambourinent  sur les arbres roux d’automne.

Les feuilles tombent par milliers dans ce havre de paix, en bordure du fleuve couleur de cendres qui coule un peu plus vite que d’habitude. Je hume l’odeur de terre et d’humus qui flotte dans l’air et stagne au dessus de l’eau.

Je sens le froid qui s’insinue dans tous les pores de ma peau.

Je regarde cet homme entre deux âges qui court sous le crachin. Petit bonhomme chétif qui se dépêche, courbé vers l’avant, la barbichette pointant bien droite devant lui.

Il porte au bras gauche une petite mallette  anthracite ainsi qu’un parapluie de la même couleur.

Malgré le grand imperméable qui le protège en partie du mauvais temps, sa tête ruissèle comme un torrent de montagne et sa barbe ressemble à une gouttière d’où perle  un filet d’eau.

Il est tout gris, de la tête aux pieds.

Vision étrange. Pourquoi ai-je l’impression que cet homme qui court n’ira jamais nulle part ?

Et pourquoi semble-t-il si triste ?

Peut-être parce que, rivé sur son piédestal et figé dans le bronze depuis plus d’un siècle, il ne peut pas ouvrir son parapluie.

Ou est-ce parce qu’il a compris qu’il n’ira plus jamais nulle part ?…

 

Octobre 2010

Compter

Je n’aime pas compter, je n’ai jamais su compter, je ne veux pas apprendre à compter.

Pourquoi faire ? Compter l’argent, les pertes, les profits, les morts, le temps qui passe.

Nombrer, dénombrer, faire les comptes, rendre des comptes.

Ne jamais rendre de comptes. Je n’ai jamais accepté de rendre des comptes.

Compter les heures qui passent pour meubler l’angoisse.

Compter les moutons pour essayer de dormir.

Compter sur les autres pour ne pas avoir à assumer.

Compter jusqu’à son dernier souffle.

Compter, compter, compter….

Je n’apprendrai jamais à compter. Jamais.

Sauf si…

Mes contes vous donne envie de me lire.

Alors, seulement, j’apprendrai à conter…

 Octobre 2010